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Milices de Lorraine
(1741 - 1765)
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Elles sont créées sur la demande de la cour de France. – Correspondance échangée entre Versailles et Lunéville. - Ordonnances de Stanislas et du Marquis de La Galaizière. - Les milices de Lorraine sont admises au service et à la solde de France. - Les six bataillons enrégimentés. - Ils sont portés à neuf. - Royal-Lorraine et Royal-Barrois. - Constitution des milices de Lorraine après la paix d'Aix-la-Chapelle. - Séparation des régiments.

Le 10 août 1741, on écrivit de Versailles au roi Stanislas pour solliciter des secours en troupes. Comme moyen le plus prompt, un appel de milices était signalé. Le même jour, le ministre de la guerre rappelait au marquis de La Galaizière, chancelier de Lorraine, qu'il était depuis longtemps question d'une semblable levée, et lui demandait un projet de l'ordonnance que Stanislas croirait devoir rendre.
La cour de Versailles désirait la mise sur pied de 6 bataillons et qu'ils fussent à 600 hommes. Tous les frais étaient à la charge de la Lorraine. Cependant, Louis XV s'engageait à payer les appointements pendant les assemblées et la marche des bataillons sur les frontières ou à l'armée. Il donnait les fusils et baïonnettes, mais il en devait être remboursé sur le produit des impositions à lever en Lorraine pour les dépenses des milices. Enfin, le ministre priait d'agir en hâte.
La Galaizière répondit dès le 19. Il espérait, disait-il, que la levée pourrait être remise à 1742 ; mais le roi Stanislas entrait dans les vues de son gendre pour un appel immédiat. Il adressa un projet d'ordonnance. La Lorraine comptait 143,228 feux. Comme on demandait 3,600 hommes, en exemptant Lunéville, Bar, Nancy et quelques cantons dont Sa Majesté polonaise n'était pas seule souveraine, 30 à 36 feux fournissaient 1 milicien. C'était 1 milicien par 40 feux, si l'on n'exemptait personne.
Les résultats ne faisaient pas doute. De semblables levées avaient été faites du temps des anciens ducs. Notamment, le 24 novembre 1720, Léopold avait, sous le nom d'arquebusiers, mis sur pied 3,000 hommes, licenciés le 2 janvier 1726 sur les injonctions de la cour de France.
L'ordonnance fut rendue par le roi Stanislas le 20 octobre 1741. Doivent être levés dans les États de Lorraine et Barrois, à l'exception des villes de Lunéville, Bar et Nancy, 3,600 hommes de milice, divisés en 6 bataillons, portant les noms des villes de Nancy, Sarreguemines, Bar, Étain, Épinal et Neufchâteau. Les bataillons et les compagnies ont la composition française. Comme en France aussi, les garçons de 16 à 40 ans sont miliciables ; à défaut d'un nombre suffisant, on astreint au tirage les hommes mariés au-dessous de 30 ans. Le service est de six années, avec renvoi de la moitié du contingent après trois ans ; les hommes mariés de préférence. Les miliciens jouissent de l'exemption de la collecte pendant les trois années qui suivent l'expiration de leur service. Mêmes conditions qu'en France pour les absents, les insoumis et les remplacements.
On ne doit assembler les bataillons qu'en cas de nécessité. Les communautés payent l'armement et l'habillement au marc la livre des autres impositions. Les 8 livres pour frais de levée sont prélevées sur les revenus patrimoniaux ou d'octroi de chaque commune ; s'il n'y en avait pas, les hommes sujets à la milice les acquittaient avant le tirage.
Une ordonnance du 28 octobre suivant, rendue par le marquis de La Galaizière, prescrivit aux communes de payer de suite 13 livres (monnaie de France), par homme, pour l'achat des culottes, chemises et cols, havresacs, paires de guêtres et de souliers ; le surplus de la dépense devait être réparti avec les autres impositions. Cette ordonnance fait, en outre, connaitre les cas d'exemptions.

Le 30 octobre 1741, La Galaizière envoya à Versailles l'ordonnance de Stanislas et la sienne. Le marquis de Breteuil le remercia le 15 novembre. Les changements apportés à ce qui se pratiquait pour l'équipement particulier à fournir à leurs miliciens par les communautés ne portaient, au fond, aucune différence ; on les approuva. Quant au désir émis par le roi Stanislas de former les 6 bataillons en 3 régiments, le ministre remettait l'examen de cet arrangement après la mise des bataillons sur pied. Ce n'est également qu'après cette opération (que l'on comptait être effectuée au printemps de 1742), ajoutait-il, que l'on pourrait songer à prendre les milices de Lorraine à la solde de France, et leur donner rang dans les troupes.
Malgré la lettre du ministre, l'ordonnance de Stanislas souleva en France des objections. Elles portaient sur l'exception qui favorisait Lunéville, Bar et Nancy. L'ordonnance de La Galaizière fut critiquée pour les exemptions de personnes. La conclusion était qu'il eût beaucoup mieux valu régler les exemptions par simple lettre, « parce que dès qu'une loy en pareil cas est publique, chacun fait son possible pour y être compris, et il en résulte de l'abus et de la fraude.
La Galaizière rendit compte de l'état de la levée par lettres des 11 et 28 décembre 1741. Stanislas désirait que les milices de Lorraine passassent à la solde de France. On lui écrivit, le 15 janvier 1742, que l'ordonnance à rendre à cet effet, devait être au nom de Louis XV. De même, pour que les officiers eussent rang dans les troupes françaises, ils devaient être commissionnés par la cour de Versailles. Stanislas proposait ; Louis XV nommait.
On admit enfin les milices de Lorraine au service et à la solde de France le 1er février 1742. Elles forment 3 régiments de 2 bataillons à 12 compagnies de 50 hommes, L'état-major de régiment comprend 1 colonel, 1 major et 1 aide-major. Le 2e bataillon était aux ordres du premier capitaine.
Ces régiments reçoivent la solde.des autres milices, et, comme elles, sur l'extraordinaire des guerres1. On peut les appeler aux frontières et à l'armée. Ils suivent dans l'infanterie le rang du régiment des gardes lorraines, et sont classés entre eux selon l'ancienneté de grade de leurs colonels, dont ils portent le nom avec celui de milices de Lorraine. Pour la nomination des officiers, les bataillons d'un même régiment roulent entre eux. Les bataillons de Nancy et de Sarreguemines forment le régiment de Croix2; le régiment de Polignac se compose des bataillons de Bar et d'Étain; ceux d'Épinal et de Neufchâteau constituent le régiment de Marainville3.
A peine instituées, les milices de Lorraine sont envoyées dans les places. Le régiment de Croix arrive à Landau les 24 juin et 5 juillet 1742; il passe à Strasbourg en 1743. Le régiment de Polignac entre à Calais les 26 et 28 juin 1742 ; on le trouve à Bergues en 1746. Le régiment de Marainville prend garnison à Givet les 4 et 6 juillet 1742.
Le 25 janvier 1743, on lève 1,800 nouveaux miliciens. Ils forment trois bataillons sous les noms de Dieuze, Mirecourt et Saint-Mihiel. On les joint aux régiments comme troisièmes bataillons.

   

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La Galaizière rendit compte de l'opération le 28 mars 1743. Il n'attendait que les commissions des officiers pour assembler les nouveaux bataillons et les faire joindre de suite les anciens. Habillement, équipement et armement étaient prêts. La Galaizière comptait expédier le bataillon de Polignac à Saint-Mihiel après Pâques ; ensuite, le bataillon de Mareil à Mirecourt, puis celui de Croix à Dieuze. Devaient partir en même temps les remplacements des anciens bataillons, savoir: 64 hommes pour le régiment de Polignac, 58 pour celui de Mareil et 62 pour le régiment de Croix. La Galaizière terminait en demandant l'admission des troisièmes bataillons au service et à la solde de France. Une ordonnance fut à cet effet rendue le 12 avril 1743.
Comme les milices de France, celles de Lorraine constituent des dépôts de recrues, mais elles sont réservées aux régiments lorrains. Le 30 janvier 1744, les 9 bataillons servent à former le régiment d'infanterie de Royal-Lorraine à 3 bataillons de 650 hommes. Comme les recrues de milices, les hommes incorporés ne font dans Royal-Lorraine que le temps de service qu'ils pouvaient redevoir comme miliciens.
On forme de la même manière Royal-Barrois à 2 Bataillons, le 1er novembre 17454. Le troisième bataillon de Royal-Lorraine devient premier de Royal-Barrois ; le second bataillon de ce régiment est tiré des milices de Lorraine, qui lui fournissent ses recrues.
Royal-Lorraine et Royal-Barrois prennent rang du 20 octobre 1741, date de la création des milices du duché. Ils en précèdent les bataillons ; Royal-Lorraine marche le premier. Royal-Lorraine et Royal-Barrois furent supprimés le 31 décembre 1748.
Mis sur le pied des milices françaises le 1er novembre 1745, les bataillons de Lorraine, dorénavant, sont composés de 8 compagnies de 75 fusiliers, et d'une de 50 grenadiers. Ils ont également, le 28 janvier 1746, leur compagnie de grenadiers postiches. Dès lors, on les comprend dans les ordonnances portant augmentation de l'effectif des compagnies, comme celles du 25 décembre 1746 et 25 novembre 1747.
Les appels prescrits par la cour de Versailles étaient ratifiés par ordonnances du roi Stanislas. Entre autres, celle du 27 décembre 1747 décida la levée en Lorraine des miliciens de remplacement et des 144 hommes nécessaires à. l'augmentation des compagnies. Le 6 août 1748, les milices sont, en France, remises sur le pied de paix. Le 18 novembre, Stanislas réduisait les 3 régiments à 2 bataillons de 500 hommes.
Les miliciens étrangers, puis les hommes mariés, sont congédiés. Les miliciens lorrains libérés jouissent de l'exemption de la collecte pendant trois ans et de la subvention pendant une année. La durée de cette dernière exemption est augmentée de deux ans pour ceux qui se marieraient. On accorde ces faveurs aux miliciens incorporés dans les troupes. Chaque année, pendant huit jours, aux mois d'avril et de mai, on assemble les bataillons, qui restent constitués en trois régiments. L'opération a lieu sur ordonnances de Stanislas. Le Recueil des ordonnances de Lorraine donne celles rendues à cet effet les 5 février 1754 et 22 janvier 1755.
Les dispositions prises par Stanislas furent confirmées par Louis XV le 1er mars 1750. Des 6 bataillons, 4 forment 2 régiments de 2 bataillons (Montureux et Polignac), 2 bataillons restent distincts.

Le 1er février 1749, le comte de Thianges était passé au commandement d'un régiment de dragons. Comme il avait été décidé qu'à mesure que les colonels des régiments de milices de Lorraine les quitteraient, ces régiments prendraient la forme des autres bataillons de milices, on sépara le régiment de Thianges en 2 bataillons appelés, du nom de leur quartier d'assemblée, 1er et 2e bataillons de Mirecourt, puis bataillons de Mirecourt et de Neufchâteau. Ils servirent, le 20 mars 1751, à reconstituer les régiments de Royal-Lorraine et de Royal-Barrois5.
Ces deux régiments eussent dû se recruter dans les bataillons de Nancy et de Sarreguemines. Mais, à cause de l'éloignement de l'un et de la capitulation de l'autre, les recrues furent fournies par les bataillons de Bar et d'Étain, qui étaient en Dauphiné. Le comte de Montureux ayant donné sa démission, les bataillons de son régiment furent mis sous les noms de bataillons de Nancy et de Sarreguemines le 1er septembre 1759. Le 1er novembre suivant, le régiment de Polignac formait les bataillons de Bar et d'Étain6.
Les milices de Lorraine et de Bar sont dès lors sur le pied français et ne sont plus distinguées des autres bataillons. Comme en France, on ne lève plus de milices en Lorraine en 1759; le recrutement provincial par enrôlement volontaire est adopté. L'ordonnance rendue à cet effet par le roi Stanislas le 25 décembre 1760, est identique au règlement approuvé par Louis XV le 25 novembre précédent. Au rétablissement des milices, en novembre 1765, la Lorraine était près d'être française.


Notes

1 - Colonel 40 sous, et commandant du second bataillon, 20 sous, outre leurs appointements de capitaine ; major, 50 sous ; aide-major, 40 sous. En campagne, la solde du commandant du second bataillon est portée à 30 sous ; elle est de 3 livres pour le major et de 45 sous pour l'aide-major.

2 - Devenu Montureux le 3 mars 1744.

3 - Devenu Mareil le 12 septembre 1742 ; LigniviIle le 13 mars 1744 et Thianges le 3 avril 1745.

Comte de Thianges (Amable-Gaspard), né en 1724, - Gentilhomme à drapeau aux gardes françaises le 18 janvier 1740, colonel d'un régiment de milices le 3 avril 1745, brigadier le 1er mai 1758, maréchal de camp le 20 février 1761, lieutenant général le 1er mars 1780 ; grand-croix de Saint-Louis le 25 août 1786 ; pensionné le 19 février 1792. Décédé en 1800. Colonel : Louis-Marie FOUQUET, comte de Gisors.

4 - Colonel : Louis-Marie FOUCQUET, comte de Gisors.

5 - Réformés de nouveau par ordonnance du 25 novembre 1762.

6 - Ordonnance du 25 octobre.

   
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